Arkham Asylum: Madness

arkham asylum madnessPierrick Messien a déjà eu la gentillesse d’écrire des avis sur des comics pour ce blog. Ce jeune étudiant et écrivain de talent anime un blog consacré à l’écriture et à l’auto-édition, le Souffle numérique, et vient de publier son premier roman : Massacre Artistique, mêlant art et horreur !

J’ai l’impression de radoter quand je viens faire une critique de comics chez Xapur. Dans ma revue du Arkham Asylum de Grant Morrison, je vous expliquais déjà pourquoi l’asile d’Arkham, où sont enfermés les criminels fous dangereux capturés par Batman, me fascinait. Et bien cette fascination n’a pas changé ! Et voilà pourquoi j’ai entamé la lecture d’un autre comics dédié au fameux asile, j’ai nommé Arkham Asylum Madness, écrit et dessiné par Sam Kieth et colorisé par Michelle Madsen et Dave Stewart.

La couverture de Arkham Asylum Madness laisse présager du meilleur, mais peut-être aussi du pire. On y voit le Joker, ennemi fétiche de Batman s’il en est, face au fond de sa cellule capitonnée d’Arkham, et le poing en sang. Si je parle du pire, c’est justement car le dessin de ce Joker me semble d’emblée peu attirant. Certes, son uniforme de patient d’Arkham n’aide pas à la chose, mais ce Joker me paraît très difficile à reconnaître. De loin, on dirait d’ailleurs presque une femme… mais passons pour le moment.

L’ambitieux objectif de ce roman graphique est de vous plonger dans une journée entière dans le terrible asile d’Arkham. Le récit commence donc à 5 h 45 du matin, pour se terminer à l’aube du lendemain suivant. Mais autant vous prévenir de suite : ne vous attendez pas à un comics Batman. Le justicier de Gotham City n’apparaîtra pas une seule fois dans cette bande-dessinée, et sera même à peine évoqué. En lieu et place de notre héros, Arkham Asylum Madness suit la journée de Sabine, une jeune infirmière de l’asile.

Asile d’Arkham oblige, vous croiserez naturellement certains super-vilains enfermés dans l’institution. Comme souvent, c’est le Joker qui a un rôle phare, mais le comics présente également Killer Croc, Double-Face, l’Epouvantail, Harley Quinn et Poison Ivy… qui auront plus ou moins d’importance et de profondeur dans l’intrigue. Pour le reste, la bande-dessinée s’attarde avant tout sur Sabine et sur ses collègues du centre médical.

joker arkham asylum madness
Pauses clopes, heures creuses, fricotage entre collègues… Arkham Asylum Madness n’offre pas forcément ce dont on est en droit de s’attendre d’un comics Batman

Et si l’idée de suivre la journée type du personnel d’Arkham ne vous semble pas sexy, sachez que… vous avez parfaitement raison ! L’intrigue, en tant que telle, est très peu passionnante. On y comprend que Sabine, tous comme les autres employés, travaillent avant tout dans l’Asile par nécessité, même s’ils sont terrifiés par l’endroit et par ses occupants.

Certes, la présence du Joker, prêt à tout pour se distraire, ajoute un peu de tension à l’ensemble. De même, certaines pages du récit restent angoissantes, mais on ne se sent pas vraiment pris au jeu. Même si l’asile nous est dépeint comme un endroit infernal, tout cela ne prend pas. Même les ennemis les plus emblématiques, à l’instar de l’Epouvantail ou de Double-Face, semblent ici bien pâles et peu angoissants.

Au final, le récit d’Arkham Asylum Madness parvient surtout à dépeindre l’aliénation du travail. On y rencontre un personnel qui essaie tant bien que mal de ne pas être affecté par la folie des nombreux patients, mais qui n’a pas d’autre choix que de subir cette folie au quotidien. Le personnel devient ainsi plus captif encore que les patients, mais cela s’arrête là. Si ce parti-pris de s’intéresser au personnel d’Arkham a donc un intérêt, il reste malheureusement assez maigre…

Mais au-delà du récit un peu lent, un autre défaut nettement plus dérangeant vient ruiner Arkham Asylum Madness : son traitement graphique. Car comme je le précisais plus haut, ce comics est en réalité un graphic novel, c’est à dire une bande-dessinée conçue pour les adultes et très travaillée artistiquement.

Malheureusement, les dessins de Sam Kieth ont du mal à convaincre, et ce dès les premières pages. Il y a un traitement intéressant, notamment lorsqu’on voit le début du récit, aux dessins fleuris et colorés, faire place à des images plus sombre à l’approche de l’asile. Cependant, les illustrations peinent à nous présenter l’asile, et abordent une simplicité enfantine et cartoonesque qui ne s’accorde pas du tout avec le récit, prétendument sombre.

Les dessins de Sam Kieth ne semblent pas du tout issus de l'univers Batman
Les dessins de Sam Kieth ne semblent pas du tout issus de l’univers Batman

Mais j’irais plus loin en avançant que le problème ne vient pas des illustrations, mais bien du style de Sam Kieth. On ressent qu’il a cherché ici à créer une graphic novel audacieuse et ambitieuse, mais le résultat ne prend pas. Sam Kieth mêle en effet les styles et tente une multitude de techniques pour dépeindre son asile… mais sans aucune cohérence graphique. Certes, des passages nous paraîtront sombres, mais ils seront très mal accordés avec le reste de l’intrigue. En ressort un patchwork assez imbuvable qui ne nous aide en rien à adhérer au récit.

arkham asylum madness
Cette double page est selon moi le meilleur exemple de l’échec graphique d’Arkham Asylum Madness. On y voit le Joker dessiné de cinq manières différentes pour un résultat aussi peu cohérent que convainquant…

Pour conclure, je pense que le pire défaut d’Arkham Asylum Madness est certainement d’être sorti en 2010, soit plus de 20 ans après l’Arkham Asylum de Grant Morrison. En proposant lui aussi un graphic novel dédiée au célèbre établissement psychiatrique, Sam Kieth pouvait difficilement masquer cette inspiration. Et la comparaison ne sert en rien son œuvre…

Le traitement graphique d’Arkham Asylum Madness est un échec, et le roman graphique fait donc pâle figure face à son modèle. Si on m’avait tendu les deux comics en me laissant deviner lequel datait de 2010, j’aurais sans hésitation dit celui de Grant Morrison, tant il reste encore aujourd’hui contemporain et tant Arkham Asylum Madness aborde des couleurs vieillottes et un style douteux…

En résumé, vous l’aurez compris, je ne vous recommande pas particulièrement Arkham Asylum Madness, en tout cas pas si vous ne pouvez pas l’avoir à un prix abordable. J’ai pu acheter ce comics en version originale directement dans une librairie, si bien que je n’ai pas payé le prix fort.

Néanmoins, aussi sévère qu’ait été ma critique, je vous invite tout de même à lire cet ouvrage si vous avez l’occasion de le faire sans débourser trop d’argent. Malgré mes nombreux reproches, ce roman graphique garde un fond intéressant, même s’il ne vaut en rien le chef d’œuvre de Grant Morrison…

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